Sg 6, 12-16 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13
En ce trente deuxième dimanche, les lectures nous introduisent au thème de la sagesse. Mais qu’est-ce que la sagesse ? Dans la tradition africaine héritée de l’Egypte ancienne, la sagesse se définit de deux manières.
D’abord comme savoir : il s’agit d’un bagage des connaissances accumulées grâce à l’éducation (initiation) ou à l’expérience (vécu personnel). Ce savoir nous aide à reconnaître le chemin de la maison, à nous associer à de bonnes personnes, à nous nourrir correctement, à distinguer en tout ce qui nous arrive la vérité du mensonge, la justice de l’injustice. Ensuite comme satisfaction : il s’agit de la joie qu’on éprouve d’être capable d’atteindre un but, de bien agir.
Les deux dimensions de la Sagesse
L’on peut dire que la sagesse a une dimension objective (le savoir) et une dimension subjective (la satisfaction). Pour nous croyants, la sagesse se présente de la même manière. Dans la première lecture, du Livre de la Sagesse, il est dit que « La Sagesse est resplendissante, est inaltérable ». Elle est écrite avec un S majuscule non seulement pour signifier qu’elle est ici considérée comme un personnage, mais aussi pour montrer son importance.
Elle resplendissante : cela veut dire qu’elle est lumineuse, qu’elle éclaire, qu’elle guide. La sagesse chasse l’ignorance en éclairant la vie.
Elle est inaltérable : cela veut dire qu’elle est incorruptible, qu’elle est éternelle, qu’elle survit à l’homme. La sagesse ne se soumet pas à l’homme. C’est l’homme qui doit se soumettre à elle.
Cela dit, le Livre de la Sagesse nous présente lui aussi les deux dimensions de la sagesse.
D’abord la dimension objective : La Sagesse « devance [les] désirs [de ceux qui la cherchent] en se montrant la première ». Cela veut dire que la sagesse vient vers nous, elle se rend absolument disponible. Elle ne se fatigue jamais de nous chercher. Le Livre de la Sagesse dit en effet : « Elle va et vient pour rechercher ceux qui sont dignes d’elle ».
Ensuite la dimension subjective : « [La Sagesse] se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment ». Cela veut dire qu’il ne suffit pas à la sagesse de se donner à nous. Nous devons encore l’aimer, la goûter, la garder dans notre cœur. Alors seulement, ajoute le Livre de la Sagesse, « celui qui veille en son honneur sera bientôt délivré du souci ». C’est la joie, la satisfaction méritée.
En quête du bonheur
La sagesse est importante pour nous les hommes. Elle ouvre à la vie. L’évangile nous confirme cela. Il nous parle de dix jeunes filles qui furent invitées à des noces et qui allèrent à la rencontre de l’époux. Devant affronter la nuit, elles prirent leurs lampes avec elles.
Les jeunes filles, c’est nous. Nous sommes tous en quête du bonheur dans notre vie. Au chapitre 10 de l’évangile de Jean, Jésus nous dit : « Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Jésus offre la vie en abondance. Pourrions-nous vraiment y avoir accès ? En effet, entre nous et cette vie en abondance, il y a la nuit.
La nuit, c’est le symbole des difficultés que nous rencontrons dans la vie. Il s’agit de ces difficultés que nous rencontrons en famille, au travail, à l’école, dans nos quartiers et qui nous plongent dans les doutes, dans les vices. Nous doutons de la présence de l’amour ou de la miséricorde de Dieu ; nous doutons des intentions des autres à notre égard. Nous tombons dans les vices. Nous commettons des erreurs parce que notre jugement est obscurci par l’épaisse fumée des soucis, des problèmes. Nous dormons par rapport aux vertus. Mais il nous faut nous réveiller et prendre nos lampes. La lampe, c’est la lampe de la foi, de l’espérance et de la charité.
La foi a besoin de la sagesse
La foi en Dieu doit toujours nous soutenir dans les moments heureux comme dans les moments difficiles. L’espérance de vivre un jour dans la joie de la rencontre avec le Seigneur doit toujours nous projeter vers l’avant. La charité doit toujours nous ouvrir aux prochains, aux autres, malgré les déceptions, malgré les trahisons, malgré les échecs. Seulement la lampe a besoin d’huile pour rester allumée.
L’huile, c’est la sagesse. C’est elle qui fait la différence entre les jeunes filles. Elles sont toutes jeunes, elles veulent toutes rencontrer le Seigneur. Mais elles ne gèrent pas toutes le moment présent de la même manière.
Les jeunes filles prévoyantes avaient la sagesse en réserve. La sagesse sait devancer les événements. Les Bakongo disent : « Mputa bu kayilweleti ko, kanga bandasi (panse la plaie avant même que tu ne te blesses) ».
Aux jeunes filles insensées, on peut appliquer ce proverbe shi : « Omwana murhengu arhakemwa (l’enfant désobéissant ne comprend pas les signes) ». A cause de cela « arhalya ntanda ya mugikulu (il ne mange pas le repas de la vieille) ». Demandons au Seigneur la grâce de l’éveil pour être heureux ici bas, et pour pouvoir vivre dans le monde à venir pour toujours avec lui.
Abbe Jean Claude Cabwinwe Ciza